Remise du certificat de reconnaissance à Cheik Aly DIAGANA

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Hada Souleymane Camara Natif SELIBABY Mauritanie

pour la promotion de la langue et la culture soninké lors première parution du dictionnaire soninké/ français

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L’Empire du Ghana

Sa fondation

Personne ne sait exactement quand l’ancien empire du Ghana fut créé. Ce que nous en savons aujourd’hui provient des écrits des voyageurs arabes, marchands et historiens, qui ont été là-bas pour le commerce ou pour visiter.

Bien avant les Arabes néanmoins, d’autres peuples anciens avaient écrit sur l’Histoire des Négro-Africains. Herodotus évoque ainsi un roi Perse, nommé « Cambyses » qui avait missionné des hommes à la découverte de ce que l’on appelait déjà Soudan (Pays des Hommes Noirs), environ 520 ans avant J.C. Et les récits de cet auteur mettent en évidence des royaumes au Soudan, avec un modèle de civilisation de haut niveau.

Ceci dit, le nom de « Ghana » a été mentionné pour la première fois en 770 après J.C., par un géographe arabe EL-Fazari. Dans son livre, « El-Masudi« , il s’y réfère en tant que « terre d’or ». D’autres écrits arabes, notamment « Tarikh es Sudan« , la découverte de cet empire entre 200 et 400, après J.C. Quant au voyageur El-Bakri, il écrit en 1067 : « Ghana était le titre donné aux rois et signifiait chef guerrier ou chef de guerre ».

En fait, l’Empire du Ghana a été fondé vers 770 après J.C., par l’ethnie des « Soninkés ». Il s’est agrandi ensuite, sous le règne de Kaza Kaya Maghan, le chef de Wagadu. A son apogée, vers l’an 1000, l’empire avait étendu ses territoires vers l’ouest jusqu’au fleuve Sénégal, vers l’est jusqu’au fleuve Niger, au sud jusqu’à la région de Bambouk, et au nord jusqu’à la ville d’Audaghost en bordure du Sahara.

L'Empire du Ghana, à son apogée

L’Empire du Ghana, à son apogée

Cet ensemble très vaste était gouverné par un Empereur, lequel s’appuyait sur un gouvernement central. Il était tout-puissant mais pas tyrannique. Son autorité était modérée par la présence, à ses côtés de grandes familles dignitaires, qui s’occupaient des tâches administratives de l’empire : impôts, armée, justice, etc.

A la tête des royaumes subordonnés, la cour centrale avait maintenu les anciennes cours royales. C’est pourquoi on parlait d’empire, pour indiquer que le Ghana était composé d’une cour centrale, la cour impériale, et de plusieurs cours royales soumises à l’autorité centrale : Tekrour, Sosso, Mandé…

Les cours périphériques jouissaient d’une certaine autonomie sur les questions d’intérêt local, mais elles devaient obéissance à la cour impériale sur les questions intéressant l’ensemble de l’Empire : douanes aux frontières, armées par exemple.

Sa gouvernance

Le Roi

Portrait de Kankou Moussa

Portrait de Kankou Moussa, dans l’Atlas Catalan (1375)

Le Roi dirigeait l’empire, à la tête d’un gouvernement de lettrés possédant de grandes connaissances sur le Monde. Deux types de gouvernement locaux existaient dans les États conquis par le Ghana :

  • Dans les régions qui n’avaient pas de règles centralisées avant leur annexion, et les régions dans lesquelles les sujets réclamaient constamment leur indépendance, le Roi nommait un gouverneur ;
  • Les régions qui avaient des règles où les sujets demeuraient loyaux et payaient régulièrement leur tribut au Roi, restaient autonomes.

Les fils et filles des gouverneurs provinciaux étaient envoyés à la Cour du Roi comme garantie de la continuité de la loyauté. Ils y étaient entraînés et assignés comme des serviteurs civils. Par cette méthode, leurs pères ne pouvaient se rebeller contre le Roi. Ils apprenaient ainsi par leur expérience à la Cour du Roi, qui les guidait, comment assumer la succession de leurs pères, après leur retour dans le gouvernement local.

Le Roi nommait aussi un maire pour Kumbi Saleh, avec pour responsabilité l’administration de la capitale.

Commandant en chef de l’armée, le Roi garantissait la sécurité des provinces contre toute intrusion étrangère. Il veillait aussi à la concorde interne, attribuait au peuple des moyens nécessaires, dans les transactions commerciales avec les étrangers.

Au décès du Roi, l’on érigeait une case dans laquelle l’on plaçait sa dépouille, sur un lit avec des tapis et des couvertures. Près du corps, l’on posait des parures, des armes, un peu de nourriture mais aussi des coupes et assiettes utilisées jadis par le défunt. Quelques cuisiniers, quelques serviteurs restaient auprès de la dépouille, dans une cabane qui était alors entièrement couverte de natte et de terre, jusqu’à former un tertre. On isolait alors celui-ci en creusant un immense fossé tout autour.

D’après El-Bakri, la succession royale était héréditaire par les liens maternels : « Il était de coutume et d’habitude que le royaume héritait seulement du fils de la sœur du Roi… le Roi n’avait aucun doute que son successeur était le fils de sa sœur, mais en revanche, il n’était pas sûr que son fils fût en fait son propre successeur. Il ne comptait pas sur l’authenticité de ses relations ».

Des chevaux en pays soninké

Des chevaux en pays soninké

Pour Ibn Hawqal, qui visita l’empire du Ghana en l’an 977, le Roi du Ghana était le plus riche du monde, grâce à son or. El-Idrisi, quant à lui, décrivait en 1154 chacun des chevaux royaux vêtu d’habits d’or qui pesaient 15 kg. En 1519, Mahmud Kati écrivait dans son livre « Tarikh assudan » que le Roi possédait des milliers de chevaux qui ne dormaient que sur des tapis, attachés par des cordes en soie. Chaque cheval avait 3 intendants personnels et était surveillé comme s’il était lui-même Roi. On disait également que le Roi pouvait inviter des dizaines de milliers de convives lors de dîners publics.

L’Administration de la Justice

Le Roi était le chef de la justice, et il y avait principalement deux types d’instances qui étaient traitées différemment.

Les Affaires Civiles

Les affaires civiles résultaient d’un conflit impliquant au moins deux personnes sur des droits partagés – ou lorsque des personnes cherchaient réparation, compensation pour violation de leurs droits. Dans ces cas, le gouvernement poursuivait lui-même les citoyens.

Selon El-Bakri, le Roi donnait une audience tous les jours pour écouter les doléances, juger. Les audiences royales étaient publiques et débutaient par le battement d’un tambour, fait d’une longue pièce de bois sanctifié et appelé « deba« . Les citoyens débarquaient à la Cour dès qu’ils avaient entendu le son du « deba« . Le Roi prenait alors place dans un pavillon, entouré de soldats portant des boucliers et des épées dorés. Il écoutait alors, patiemment, les doléances des citoyens avec, à sa droite, ses propres enfants ainsi que ceux des hommes de lois des territoires conquis. Tous superbement habillés, les cheveux parés d’or.

Les Affaires Criminelles

Les affaires criminelles étaient traitées par ordre. Elles avaient pour objets des motifs extrêmement graves, selon El-Bakri : « Quand une personne était accusée d’avoir dénié une dette, d’avoir tué ou d’avoir commis d’autres crimes, un homme prenait une pièce de bois d’un goût aigre et amer versait de l’eau dessus et donnait la boisson à boire à l’accusé. Si l’accusé vomissait, son innocence était acceptée, et il était félicité. S’il ne vomissait pas et que la boisson restait dans son estomac, l’accusation était justifiée. Le roi procédait alors à la prescription d’une peine basée sur les lois et les traditions ». Ce type de procès n’était pas propre seulement à l’empire du Ghana. On le pratiquait déjà dans d’autres anciennes civilisations.

Son économie

Le roi avait le contrôle total de l’or à travers l’empire. Il avait les moyens de créer et de contrôler la pénurie de l’or afin d’éviter la surproduction, qui aurait inondé le marché. Pour ce faire, il avait fait passer une loi qui le rendait propriétaire de toutes les pépites d’or, la population ne pouvant en posséder que des poussières. Selon El-Bakri, « sans cette précaution, l’or serait devenu tellement abondant qu’il aurait perdu de sa valeur. » Les mines d’or étaient concédées à des marchands étrangers et tout l’or appartenait au roi. Mais les citoyens étaient autorisés à accéder à tout l’or qu’ils trouvaient autour des mines.

Le Commerce Trans-Saharien

Des marchands arabes traversaient le Sahara du Nord au Sud, durant deux mois à dos de chameaux, en direction du fleuve Sénégal. A l’orée des villes soninkées, ils se signalaient par des battements de tambours, plaçaient leurs biens sur des étoffes dévolues : cuivre, sel, chevaux, brocart, vases, coquillages, livres, miroirs, vêtements, figues ou dates. Les populations locales pouvaient alors choisir des marchandises qu’elles payaient avec leurs propres produits. Si les commerçants étaient satisfaits du troc, ils battaient à nouveau le tambour, preuve que le marché était fini, puis repartaient avec tout ce qu’ils avaient pu obtenir : or, esclaves, miel, arachides, grondins, plumes d’autruche, coton et autres commodités.

Ibn Hawqal souligne l’importance que pouvaient avoir les transactions à Audaghost, dans l’ancien empire du Ghana : « J’ai vu une esquisse concernant une créance appartenant à Muhammad bin Ali Sadun à Audaghost, à 42 000 dinars. » Plus de 200 000 dollars, aujourd’hui !

La Taxation

L’Empire s’était doté d’un système de taxation efficace, tel que le décrit El-Bakri : « Le roi du Ghana plaçait une taxe d’un dinar d’or sur chaque âne chargé de sel qui entrait dans son pays…il plaçait une taxe de deux dinars d’or sur chaque charge d’or qui quittait le Ghana. Le gouvernement taxait également 20 grammes d’or par charge de cuivre, 40 grammes d’or par charge de marchandise générale. Les revenus engendrés étaient utilisés pour payer le train de vie du gouvernement et payer l’entretien du roi, des ministres, des gouverneurs provinciaux, et des serviteurs civils. Cependant la plupart était utilisé pour entretenir les personnes qui s’occupaient du palais ».

Son armée

La puissance du Ghana ne provenait pas seulement de l’efficacité de l’administration, mais aussi de la possession d’une armée hautement organisée. Performante dans le maintien de la paix – en réprimant les révolte –, elle l’était tout autant dans les conquêtes externes. Dans son livre, « Kitab al Masulik Wa’l Mamalik« , El-Bakri rapporte que le roi de l’ancien Ghana pouvait mettre sur pieds 200 000 soldats et plus de 40 000 archers, sur un simple avis. L’armée disposait également d’une branche de la cavalerie qui utilisait des chevaux importés d’Afrique du Nord.

L’empire ne disposa jamais d’un corps constitué. Mais comme souligné plus haut, il pouvait à chaque instant monter une armée gigantesque, en mettant à contribution des soldats de provinces, dès que le besoin se faisait sentir. L’armée tirait grand avantage de son usage d’armes en fer (lances, flèches et épées) qui n’étaient pas utilisées par les troupes ennemies.

Du coup, les frontières étaient efficacement préservées d’éventuels agresseurs, comme le rapporte El-Masudi : « le royaume du Ghana est l’un des plus importants…, un grand nombre de gens du *Soudan vivaient là-bas. Ils avaient tracé une frontière que nul ne pouvait franchir ».


  • « Soudan » était un terme arabe qui signifiait « Terre des Noirs » et était utilisé pour décrire l’Afrique de l’Ouest.
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La Mort du Serpent de Wagadou

La désignation de Siya Yatabéré

Voici l’histoire, telle que nous la rapporte le Griot.

Le commencement de la fin a débuté avec Maadou, fils de Djaméré Soukhouna. En effet Wagadou comptait 99 villages et un de ces derniers possédait le puits dans lequel résidait le Serpent totem de Wagadou : le Biida.

D’après la légende, le Biida apportait l’abondance à l’Empire et y faisait pleuvoir des pépites d’or. Et en récompense, on lui donnait en offrande une jeune fille.

Chaque année après les récoltes, les notables de Wagadou disent aux griots de parcourir l’Empire à la recherche de la fille la plus belle, la plus gracieuse et la plus propre afin de l’offrir au Biida. Quand on parle de propreté, on ne parle point de la toilette du corps. A Soninkara une personne propre est une personne qui est le fils de son père.

C’est ainsi qu’une année, le sort a choisi Siya Yatabéré et c’est aussi l’année où elle devait se marier. Elle était la fille la plus belle de l’Empire et elle était propre. Mais elle était aussi la fiancée de Maadi. Maadi, orphelin était enfant unique et avait un caractère vraiment trempé et il ne disait jamais deux paroles. C’est le caractère principal d’un Wagué.

Siya habitait à quelques villages de celui de Maadi. Son père avait un serviteur qui interpella Siya à l’annonce de la nouvelle :

  • N’est-ce pas cet année que tu dois te marier ?
  • Oui, répondit Siya
  • Tu es promise à Maadi et on veut te donner au Biida ? demanda le Serviteur.
  • C’est mon destin et Maadi s’en remettra, répliqua Siya.
  • Je ne sais pas ce qui se passera mais je mettrai Maadi au courant de la situation, dit le Serviteur.

Le lendemain très tôt, le Serviteur prit le chemin du village de Maadi. Quand le soleil atteignait le zénith, le Serviteur parvint à son but. Après les politesses d’usage, il dit :

  • Maadi ?
  • Oui, répondit ce dernier.
  • Quelle est la nature de l’amitié entre le l’homme et le singe ? demanda le Serviteur.
  • Si l’homme jette son bâton sur le baobab et qu’il reste niché dans les branches, le singe le lui rend, répondit Maadi.
  • Et si le singe ne le lui rend pas, demanda le Serviteur ?
  • Alors l’amitié sera rompue, répondit Maadi.
  • Je viens t’avertir que les notables de Wagadou ont décidé de donner ta fiancée en offrande au Biida, lui révéla le Serviteur.
  • Quand aura lieu la cérémonie, demanda Maadi ?
  • Comme d’habitude, elle aura lieu au septième jour du septième mois après la dernière pluie, dit le Serviteur.
  • Je te remercie, retourne dire à Siya que le destin est scellé mais elle ne finira pas dans le puits de Wagadou.

Quelques jours après, Maadi scella son cheval et s’apprête à sortir. Sa mère Djaméré Sokhouna lui demanda où il allait. Il lui répondit qu’il voulait faire un tour. Il chevaucha en direction du village de Siya Yatabéré. Arrivé à destination, il s’arrêta devant la muraille et demanda qu’on appelle sa fiancée. Lorsqu’elle vint, il l’interrogea :

  • J’ai entendu dire que les notables de Wagadou t’ont désignée en offrande au Biida.
  • Oui, répondit Siya.
  • Je ne sais pas ce qui adviendra de l’Empire mais ma fiancée ne finira pas dans le puits de Wagadou, asséna Maadi.
  • S’il te plaît ne fais pas ça, car les gens penseront que je ne suis pas pure. Chaque personne a ses détracteurs. Et si tu tues le Serpent, Wagadou ne recevra plus de pluie, supplia Siya.
  • Adieu, je retourne à mon village, dit Maadi.

Revenu dans son village, il alla voir son ami forgeron Bomou et lui demanda quelle était la nature de l’amitié entre l’homme et le singe. Le forgeron lui répondit que si l’homme jette son bâton sur le baobab et qu’il reste perdu dans les feuillages, alors le singe le lui rend. Et si le singe ne le lui rend pas, alors l’amitié sera rompue.

  • La raison de ma visite, dit Maadi, est que je possède un sabre et je veux que tu te consacres à l’affûter. Je loue tes services pendant une semaine. Ta nourriture et celle de ta famille sont à ma charge.

Toute la semaine, le forgeron se consacra à affûter le sabre de Maadi. A l’issue de la semaine, Maadi vient constater le résultat de son forgeron. Il fut satisfait de son travail et le remercia.

La veille de la nuit fatidique, Maadi dit à sa mère qu’il ignorait ce qui adviendrait, mais le Serpent ne mangerait pas sa fiancée :

  • Si cela devait arriver, il nous mangera tous les deux ou bien je tuerai le Biida de Wagadou. Avant de partir, je veux savoir si je suis le fils de mon père.
  • Maadi, lui répondit sa mère, si j’ai connu un autre homme que ton père, alors pars et ne reviens jamais.
  • Amiin, dit Maadi.
  • Il scella sa monture, et partit en direction du puits de Wagadou.

Cette journée-là, on tressa Siya et on la para d’une coiffure en or. On la pouponna et les griots chantèrent sa louange et celle des Yatébéré. Quand la nuit fut venue, la procession prit la direction du bois sacré, où se trouvait le puits. Parvenu devant celui-ci, on fit asseoir Siya sur le tabouret en or. Avant de rentrer, les griots dirent :

  • Siya nous allons rentrer et nous saurons demain si tu es propre ou pas. Comme tu le sais, si tu l’es, on ne te retrouvera pas assise ici. Mais si tu n’es pas propre, le Serpent ne voudra pas de toi.
  • Griots de Wagadou, dit Siya, je ne sais pas ce que la nuit réservera à moi et au Biida, mais sachez que je suis propre.
  • Yatabéré, dirent les griots, nous retournons.

Siya resta assise pendant des heures qui lui parurent une éternité. Puis, tout à coup, elle sentit une présence et se retourna. Quand elle vit Maadi debout à côté d’elle, leurs larmes coulèrent. Elle lui dit :

  • Tu as vraiment l’intention de détruire l’Empire. Car si tu tues le Serpent, Wagadou ne recevra plus de pluie.
  • Siya, répondit Maadi, notre destin est déjà scellé.

S’éloignant, il partit se réfugier de l’autre côté du puits et attendit le moment fatidique. Puis vint le moment où nulle goutte ne remue dans les canaris. C’est le moment où les esprits sortent, c’est le moment de l’ordre inverse, c’est aussi le moment où le Serpent prend possession de son offrande en raison du pacte qu’il avait lié avec Dingha et ses enfants : Chaque année, Wagadou lui offre une jeune fille pure et en contrepartie, il fera pleuvoir des pépites d’or.

Le Serpent de Wagadou possédait sept têtes. La première était en argent, la seconde en or, la troisième était de feu, la quatrième était noire, la cinquième était blanche, la sixième était rouge et la septième était normale.

Le Serpent sortait toujours la septième tête en premier, pour déterminer si sa proie était pure ou pas. Quand celle-ci était pure, il faisait sortir successivement autres têtes et ce dans l’ordre inverse. Mais si la fille qu’on lui avait offerte n’était pas pure, il sortait juste la septième tête et ne touchait pas à l’offrande.

Sachant tout cela, Maadi se tint prêt. Quand le Serpent sortit la septième tête, Maadi la lui trancha. Le Serpent sortit la tête rouge et Maadi la décapita. Maadi réserva le même sort aux autres têtes jusqu’à la tête en or. Quand le Serpent sortit la dernière tête c’est-à-dire celle en argent, la nuit fut éclairée comme en plein jour. Maadi leva le bras et avant de frapper le Serpent, ce dernier lança un cri qui fut entendu dant tout l’Empire. Il dit : « je jure par le Seigneur de l’Etre à Sept Têtes, pendant sept années et sept mauvaises années, pendant sept mois et sept mauvais mois, et pendant sept jours et sept mauvais jour, Wagadou ne recevra pas une goutte de pluie et à plus forte raison des pépites d’or ». Maadi l’entêté lui trancha cette dernière tête. Le corps du serpent tomba dans le puits et Maadi dit à Siya :

  • Voici ma chaussure gauche, le fourreau de mon épée, ma bague et « dannan koufoune » (bonnet). Si le lendemain on te demande des explications, montre-leur ces preuves et qu’ils parcourent l’Empire à la recherche du coupable.

La fin de l’Empire des Soninké

Maadi retourna à son village et il relata à sa mère ce qui s’était passé et elle lui dit : « tu es mon fils unique et c’est à cause de ta fiancée que tu as tué le Biida. Mais les notables de Wagadou ne laisseront pas cet acte impuni. Je jure sur l’esprit de ton défunt père que je m’interposerai entre Wagadou et toi ».

Dès que le soleil se leva et que la nature fut baignée de couleur rougeâtre, les notables demandèrent aux griots d’aller s’enquérir des nouvelles du puits. Dès qu’ils aperçurent Siya assise sur son tabouret d’or, ils retournèrent dare-dare au village. Les notables leur demandèrent pourquoi ils n’avaient pas emmené le tabouret. Ils dirent que le tabouret était toujours occupé. Ceux qui ne portaient pas Siya dans leur cœur montrèrent leur joie en disant que le Serpent leur a donné raison : Siya n’était pas pure. Les notables allèrent avec les griots interroger Siya. Et avec effroi, ils virent les sept têtes coupées du Biida. ils demandèrent à Siya ce qui s’est passé pendant la nuit. Pour toute réponse, elle leur montra la chaussure, le fourreau d’épée, le bonnet et la bague.

On fit résonner le tambour sacré et les notables des quatre-vingt-dix-neuf villages se réunirent à la hâte. Il fallait trouver l’auteur de cet acte et lui faire subir le sort qu’il méritait. On fit le tour de l’Empire et on demanda systématiquement à tous de venir essayer les preuves. Quand ils envoyèrent un messager chercher Maadi, sa mère lui dit : « je t’accompagne mon fils ».

Maadi mit son épée dans le fourreau, et ce dernier l’épousa comme un gant. Il mit son pied à la chaussure et elle était à sa taille. Il mit le bonnet sur sa tête et la bague à son doigt. Tous les objets lui allèrent à merveille et il déclara que c’est lui qui avait tué le Serpent de Wagadou.

Les gens se précipitèrent pour le capturer. Mais sa mère, Djaméré Soukhouna, s’interposa et demanda la parole qui lui fut accordée. Elle dit :

  • Je croyais qu’il y avait des hommes à Wagadou mais je n’en vois guère. Vous avez peur de la prédiction du Serpent avant de mourir. Mais une chose est sûre, on ne tuera point mon fils à cause d’un serpent. Des hommes, je n’en vois guère. Vous saurez avec certitude que mon pagne vaut mieux que tous vos pantalons réunis. Pendant ces sept mauvaises années, et ces sept mauvais mois et ces sept mauvais jours, les besoins de Wagadou sont à ma charge. En échange de cela, mon fils aura la vie sauve et pourra épouser Siya.

Un silence de mort parcourut toute l’assemblée. Les notables gardèrent la tête baissée et déclarèrent la proposition acceptable. C’est ainsi que Djaméré Soukhouna porta Wagadou à bout de bras pendant sept ans. Au terme de la malédiction du Serpent, Djaméré Soukhouna décéda et les notables de Wagadou se réunirent une dernière fois. Ils dirent : « Djaméré Soukhouna a tenu sa parole et l’accord est venu à son terme. Par conséquent, le destin s’accomplira. Wagadou jadis fertile est devenu aride et il ne pleut presque plus. Les arbres ont rabougri et la terre inféconde. Les enfants de Dingha sont contraints à laisser cet endroit désormais inhospitalier. Que chaque famille aille vers son destin ».

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Les étapes du mariage soninké

Auteur : Yaya SY (Anthropologue, Professeur d’Histoire),
D’après un récit intégral de Samané SY, juillet, 1976

La procédure de mariage est différente selon qu’il s’agit d’une jeune fille ou d’une femme déjà mariée et divorcée (seconde noce ou plus). Les étapes essentielles du mariage soninké au Gajaga nous sont racontées ici par Samané Sy né à Bakel en 1893 et décédé à Bakel à 93 ans en Août 1985.

« Dans notre société d’autrefois, ne pouvaient se marier entre eux que, ceux qui le devaient…

C’est ainsi que les tunkalemmu (régnants) se mariaient entre eux, les marabouts entre eux, les esclaves entre eux, les niaxamalani (artisans ou castes professionnelles de griots, de cordonniers, de forgerons, de teguedimani, de geseru) entre eux. Quant aux marabouts, ils pouvaient épouser les femmes des régnants (tunkalemmu) mais la réciproque n’était pas possible. Les esclaves, appartenant aux tunkalemmu ou aux marabouts, se marient entre eux. Les esclaves d’esclaves se marient entre eux. En ce qui concerne les niaxamalani, les forgerons se marient entre eux, les griots entre eux et les cordonniers de même.

Si un jeune homme voit une jeune fille qui lui plaît, il va voir son propre père pour lui dire que la fille d’un tel ou d’une telle lui plaît. Si le postulant est d’origine esclave, on envoie un émissaire tunkalemme, marabout ou casté aux « pères » de la fille (tous les frères et sœurs du père). Après l’entrevue avec les « pères » de la fille, ceux-ci l’envoient chez les « mères » de la fille (la mère et ses frères et sœurs). Ainsi, « pères » et « mères « se consultent pour décider de donner ou non la main de leur fille.

Le jour de la prise du tamma (franc symbolique équivalant à une promesse de mariage ou plutôt de fiançailles), les parents de la fille et du garçon se rencontrent à la mosquée ou à tout autre endroit approprié pour sceller les fiançailles (i na tamma laga).

Après la prise (ou l’acceptation du tamma), à chaque mois lunaire le fiancé donne quelque chose aux parents de la fille en guise de contribution à la nourriture de sa fiancée (nafakha).

A l’occasion de chaque fête de korité (Aïd el fitr ou la fête d’après le jeûne) ou de tabaski (Aïd el-kébir ou fête du mouton) le fiancé doit envoyer de la viande à ses beaux-parents, s’il en a les moyens ; en plus de ces dons obligatoires, il peut leur octroyer de la viande et du poisson dès qu’il en a l’occasion, cela jusqu’au mariage.

Quand le moment du mariage sera jugé opportun par le fiancé et sa famille, ils envoient immédiatement un émissaire voire les « pères » de la fille qui, sans tarder, l’envoient chez ses « mères ». Ce sont donc les « mères » qui fixent la date du mariage. On se rencontre après leur consentement pour conclure le futtu (accord définitif de mariage).

Le jour du mariage est fixé en règle générale un jeudi soir (en soninké la nuit du vendredi), c’est-à-dire que la fiancée rejoint la maison conjugale dans la nuit du jeudi au vendredi. Pendant la journée du jeudi, le fiancé reste chez lui dans le Karikompé (sa chambre d’isolement prénuptiale dans la maison paternelle) avec tous les jeunes gens de sa classe d’âge et la fille reste de son côté dans le Karikompé (une chambre quelconque de sa maison paternelle) avec toutes les filles de son groupe d’âge.

L’homme, en la circonstance, peut inviter sa classe d’âge pour trois jours de festin, voire une semaine selon ses possibilités.

Une fois les festivités passées, les hommes du groupe d’âge expriment leurs voeux de bonheur, de prospérité de longévité aux mariés… avant de se séparer.

La fille aussi (ou femme) invite sa classe d’âge, mais seulement pendant la journée du jeudi ; elles passent la journée à festoyer et à chanter le lelewa (chants préparatoires à la nuptialité).

Le jeudi soir vers vingt-et-une heures, la fille est « lavée » dans la maison paternelle par les femmes du village, qui l’accompagneront à la maison conjugale à l’exception de ses très proches parentes. Le mariage est consommé dans la nuit même.
Après le mariage, les filles (ou femmes) du groupe d’âge viennent chanter pour la mariée en fin d’après-midi, une façon à elles de lui tenir compagnie, mais en même temps de lui dire « bon après-midi » (de la saluer).

On notera que le marié est conseillé par un homme appelé khoussoumanta-yougo (conseiller matrimonial homme) et la mariée par une femme appelée khoussoumanta-yakharé (idem femme). Si le, ou la mariée est esclave ou, c’est « leur » noble (homme libre : marabout ou régnant) qui jouera ce rôle ; si le, ou la mariée est un homme libre (hoore), ce sera son, ou sa niaxamala ou esclave qui lui servira de conseiller ou conseillère.

Après une semaine de mariage, toutes les femmes du village sont invitées chez les mariés pour présenter les cadeaux offerts à la mariée par son mari et les deux familles surtout les « mères » de la fille.

Le niaxamala lié à la famille appelé laada-niaxamala (ou niaxamala traditionnel) va présenter le Grand Panier de cadeaux appelé : Kanda-Jaare, il videra son contenu, en présentant à la foule des femmes tous les bijoux en or et en argent, il comptera ensuite les calebasses, les savons, les pagnes, etc… A la fin de la cérémonie, on lui donnera sa part et les festivités seront terminées.

Quand un esclave se marie, nobles et niaxamalani accourent pour recevoir des cadeaux, de même, quand c’est le noble qui se marie, esclaves et niaxamalani se précipitent vers sa demeure pour recevoir ce qui leur est dû, il en va de même quand un niaxamala se marie, il reçoit tous les nobles et tous les esclaves du village chez lui, et leur fait des cadeaux.

(Bakel Juillet 1976)


Compléments d’informations.

Nous noterons le caractère synthétique de ce texte qui retrace les lignes directrices des processus et procédures devant conduire à la fondation d’un foyer conjugal ou cellule familiale au sein du ka par deux jeunes gens. Différents aspects ne sont pas détaillés comme la participation des « mères » de la fille, qui investissent en cadeaux pour la future mariée plus que la part de dot qui leur a été impartie. Lors des festivités, les pères (de la fille et du garçon) peuvent abattre chacun de son côté un mouton, un bœuf ou un bouc selon leurs possibilités pour soutenir les mariés. On peut citer aussi les habits de mariés offerts par la mère de la fille à son gendre. L’auteur ne donne pas le détail des habits de cérémonie de la fille la nuit du mariage, ni des objets qu’elle tient dans ses mains (bambania et dexumme) ou que les accompagnatrices emmènent avec elles ; il ne mentionne pas non plus le dernier conseil du père de la fille juste avant de quitter la maison paternelle… Faute de le lui avoir demandé, il ne nous pas expliqué le contenu et le sens des paroles des chansons chantées par les filles du groupe d’âge qui viennent saluer la mariée tous les après-midis, ni celles que chantent les femmes dans les différentes cérémonies (accompagnement de la mariée par exemple), ni des danses organisées au niveau de l’ensemble du village dans la semaine du mariage.

Ce qu’on peut ajouter c’est que la valeur du Tamma (ou franc symbolique) qui scelle les fiançailles, est différente de la dot (Yexu nabure) à proprement parler qui s’élève parfois à des sommes importantes surtout depuis que l’émigration vers la France a impulsé l’inflation des prix de la dot dans les régions soninkées.

Quant au Futtu, c’est la cérémonie qui scelle le mariage et qui a lieu en général le jeudi du mariage (la fille arrive toujours chez son mari dans la nuit du jeudi au vendredi).

D’après Dramane Wossoba Diarra : « A Bakel selon le cas on réclamait au fiancé le mirankafe (somme mensuelle pour le tissage des habits de sa fiancée) le xeme jonko (prix de la soude nécessaire au savon ou prix du savon) ou le sallimaxafo (ou prix de la viande des trois grandes fêtes musulmanes).
Le jeudi du mariage on amasse les dons des « sœurs » (jurugalle) du futur époux (sœurs et cousines paternelles) qui doivent organiser les festivités et faire des dons aux femmes des autres groupes sociaux de la ville « accourus » pour profiter de la générosité ambiante…
 »

Cependant, ce sont ces deux groupes non concernés par la fête (si le marié est d’origine esclave, ce sont ses anciens maîtres et leurs niaxamalani qui travaillent) et en particulier les laadalemmo de la famille de l’époux qui font la cuisine et remplissent tous les canaris et gourdes de la maison, de même que tous les autres travaux ménagers pendant toute la semaine des festivités. Ainsi, si les sœurs du marié (qui doivent donner des cadeaux aux invités) appartiennent au groupe esclave, elles donneront de l’argent et les autres cadeaux aux nobles et aux niaxamalani, si elles sont nobles, elles feront leurs offrandes aux deux autres groupes (esclaves et niaxamalani).

Comme l’ont fait remarquer Samané Sy et Dramane Wossoba, à Bakel même les niaxamalani sont tenus de faire des dons aux autres groupes lors du mariage d’un membre de leur groupe ; ils sont tenus par cette pratique qui est une des rares règles de réciprocité absolue en dons et contre dons…

Dramane Wossoba nous a expliqué que par ailleurs les « sœurs » de la mariée peuvent aussi organiser de leur côté des danses et des festivités, mais elles ne sont pas tenues aux dons contraignants de la tradition. Elles peuvent d’ailleurs organiser des festivités avec les sœurs de l’époux.

Pour terminer, ajoutons que les conseillers matrimoniaux (ou xussumantani) n’assistent les mariés que durant la première semaine de mariage, d’aucuns disent durant les trois premiers jours. La femme mariée peut rester de six à huit mois dans la chambre nuptiale où on lui sert tout, ce n’est qu’après, qu’elle prendra son « service ménager » (a ni moome ghutu).

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Matriarcat Sarakolé, ou Soninké (Mali, Sénégal, Mauritanie) : les fondateurs matrilinéaires de l’empire du Ghana

Mes salutations.

Cet article est tiré de matricien.org, un site Web qui s’intéresse aux matriarcats à travers le monde. Le texte évoque le cas des Soninkés dont il situe aussi l’espace géographique. Plus encore, il s’intéresse à de nombreux aspects de la vie économique, culturelle, artistique et sociale de la communauté.

Vos remarques et critiques sont les bienvenues.

Sarakolé, ou Soninké, ou Marka, originaires du Wagadou et du Ghana. Leurs ancêtres seraient de race blanche (berbère Zénaga), d’où leur nom de Sera Khoullé (homme blanc) devenu Sarakolé. A la suite de la destruction de l’empire du Ghana, les Sarakolé sont éparpillés le long de la frontière qui sépare le Mali de la Mauritanie, à cheval sur trois pays : le Mali, le Sénégal et la Mauritanie. La dispersion de l’ethnie Sarakolé dans d’autres pays a été si grande qu’il est difficile d’identifier certaines colonies sarakolé isolées, assimilées par le groupe ethnique autochtone. Ils n’en conservent pas moins certaines coutumes de leur ethnie d’origine. Chez les Dogon, plusieurs tribus parlent encore sarakolé. Au Sénégal, de Matam à Kayès, il y a de nombreux Sarakolé. Les Bozo, grands spécialistes de la pêche du Niger, sont d’origine sarakolé.

A la suite de la dislocation de l’empire du Ghana par l’empire du Mali, une partie des habitants du royaume déchu émigra et vint s’installer dans les bras formant le delta inférieur du Niger aux environs du village de Dia (cercle de Macina). Certains restèrent pêcheurs et prirent le nom de Bozo. D’autres familles s’installèrent chez les Dogon (ce qui explique le lien des Dogon avec les Bozo). Les autres remontèrent vers le nord et constituèrent des groupes ethniques sarakolé, échelonnés entre Sokolo, Nioro et Bakel. Les Bozo sont musulmans, mais pratiquent des cultes magicoreligieux lors des grandes pêches pour se concilier les dieux des eaux. Ils sculptent des figures géométriques du génie de l’eau.

Les descendants de l’empire du Ghana

Les Sarakolé actuels sont les descendants de l’empire du Ghana, premier grand empire africain. L’empire du Ghana aurait commencé à la fin du IIIe siècle pour atteindre son apogée aux Xe et me siècles. Il aurait donc précédé de cinq siècles l’empire de Charlemagne. Sa renommée s’étendait jusqu’en Asie. Le chroniqueur arabe El Bekri (xi » siècle) a pu décrire l’empire du Ghana juste avant sa destruction par les Almoravides. Dans la capitale Koumbi (actuellement on peut voir les ruines de Koumbi Saleh, situé à 350 km de Bamako, entre Nara et Timbédra. à la frontière mauritanienne), le roi, assisté de ses dignitaires et de ses interprètes, rendait la justice avec un grand cérémonial. La ville des marchands, bâtie en pierre, avait douze mosquées et était opposée à la ville du roi entourée des bois sacrés où l’on pratiquait les cultes animistes. La richesse du Ghana se fondait non seulement sur l’or et le sel, mais sur le monopole du commerce transsaharien (cuivre, tissus, esclaves, cauris, ivoire, etc.). Ce trafic développa chez les Sarakolé un artisanat très important. Les artisans vendaient à Koumbi, sur les marchés, leurs tissus et leur, poteries. La ville comptait alors plus de 30 000 habitants.

A son apogée vers l’an 1000, l’empire du Ghana était constitué d’une fédération de plusieurs royaumes qui se développèrent après sa chute. Les plus importants étaient le royaume de Diara, le royaume Sosso et le royaume du Galam. Ce furent, en 1076, les berbères du Sud, les Almoravides, qui attaquèrent les premiers les Sarakolé, avec l’aide des Toucouleur du Tekrour, et les convertirent à l’islam. La prospérité du Ghana continua sous les successeurs noirs musulmans. Puis. prise d’abord par les Sosso en 1203, Koumbi fut détruite vers 1240 par le héros légendaire Soundiata Keïta, souverain Malinké du vaste empire du Mali, qui allait succéder au Ghana comme puissance du Soudan occidental. Soundjata déporta tous les artisans de Koumbi dans la capitale du nouvel empire du Mali : Niani.

Un peuple d’agriculteurs

Les Sarakolé sont essentiellement agriculteurs. Leurs troupeaux sont confiés aux bergers Peul. Très bons commerçants, comme les Dioulas, ils voyagent beaucoup à travers tout l’ouest africain, vendant la noix de cola ou trafiquant l’or. En France, parmi les travailleurs immigrés, 80 % sont des Soninkés de la haute vallée du fleuve Sénégal où les mandats envoyés chaque mois font vivre des familles entières.

Une société matrilinéaire et avunculaire

On observe trois groupes sociaux chez les Sarakolé : les Horé, ou Hora (gens libres), les Nyamakala (gens de castes) et les Komo (anciens esclaves). Chaque classe a son diamou (nom patronymique). L’ancienne filiation matrilinéaire se retrouve encore chez les Sarakolé. Ce ne sont pas les fils qui héritent des pères mais les neveux, fils de la sœur du père. Les enfants étaient nommés d’après l’oncle maternel (frère de la mère).

Un islam qui cohabite avec des superstitions animistes

Ardents musulmans, les Sarakolé ont créé un peu partout à travers l’Afrique des communautés islamiques. Le mot Soninké est souvent synonyme de marabout. Tous les délits et crimes sont jugés suivant le droit musulman. C’est parmi les Modini, c’est à dire les marabouts, qu’on choisit le juge (AI Khadi) qu’il ne faut pas confondre avec l’Almamy (iman) qui dirige les prières de la mosquée.

Mais en dépit de leur croyance islamique, ils restent superstitieux et craignent les sorciers (soukhounio) et les diananou (djinns). Ils considèrent certains jours de la semaine comme bons ou mauvais pour tel ou tel type d’activité. Ils célèbrent trois fêtes (sallé) principales : celle du Soukhasso, qui a lieu à la fin du mois de Ramadan, celle de Banansallé, fête du mouton (Tabaski) qui a lieu deux mois et dix jours après la Soukhasso, et un mois et dix jours plus tard, a lieu la Haranem sallé, qui correspond au premier jour de l’année musulmane. La circoncision a lieu pendant la saison froide, après la rentrée des récoltes, ce qui correspond aux premiers froids.

Les femmes, représentantes du chant national

Les Guesseré sont les griots Sarakolé. Leur origine remonte au temps de l’empire du Ghana. Ils constituent l’une des castes les plus anciennes du Mali. Ce sont des chanteurs très appréciés. Ce sont les griottes qui sont les cantatrices officielles de l’ethnie sarakolé.

Un décor… au thème primordial de la fécondité

On trouve encore sur les maisons bourgeoises de Oualata (en Mauritanie), des décors muraux exécutés avec les doigts par les femmes Sarakolé. Oualata fut créée au XIIIe siècle par les savants et les lettrés fugitifs du Ghana, alors grand centre caravanier, carrefour de rencontre de savants, de lettrés et de commerçants. Aujourd’hui les trois quarts de la ville sont en ruine. Les Oualatin sarakolé sont polygames. Leurs femmes cloîtrées apprécient les bijoux, les nattes et ont un sens très poussé de la décoration des maisons et de leur embellissement. C’est ce milieu fermé qui a permis de garder des traditions artisanales très intéressantes, particulièrement celle des décors muraux réalisés par de, potières sarakolé.

Elles se servent de terre rouge (tin lahman), de terre jaune (tin lasfar), de terre blanche (tin ah) et de terre grise (temmenga) Elles lient ces argiles avec de la gomme. L’exécution des dessins, se fait directement avec les doigts. Les décorations sont refaites chaque automne après les pluies. Cet art mural est unique et ne ressemble à rien de connu au Sahara et en Afrique noire. De grandes arabesques, des croix, des chevrons. des spirales sont peints sur les murs intérieurs et extérieurs, le, murs des cours, des terrasses, l’intérieur des chambres, les portes. les piliers. D’après Gabus, tout converge vers un décor de caractère sexuel au thème primordial de la fécondité (phallus stylisé). La porte de la rue est la plus décorée (rouge brun sur fond blanc). Les motifs sont les mêmes mais chaque fois la composition est différente.

Des textiles prisés dans toute l’Afrique de l’ouest

Les hommes portent un boubou et, sur les épaules ou replié sur la tête, le (lissa (longue pièce d’étoffe bleu indigo munie de longues franges tressées). Ils mettent des tépou, sandales de cuir ordinaires et, pour les fêtes, des moukhou, babouches brodées. La femme porte d’abord le fendeli, petit pagne qui s’arrête aux genoux. Puis elle ajoute une blouse appelée camisoli (sans doute par déformation du mot camisole) et porte par-dessus le grand boubou (doroké khori) en percale ou en bazin teint à l’indigo. Elle couvre sa tête avec un mouchoir (tikka) en satin noir ou en pai (voile blanc ou bleu). Elle ajoute parfois à cet ensemble le dissa, semblable à celui que portent les hommes. Elle se chausse avec des moukhouni (babouches) brodées.

Une bijouterie d’or raffinée

Les coiffures très compliquées des femmes sont faites par les femmes du forgeron. La femme sarakolé se pare de nombreux bijoux en or et cornaline. L’ourlet de ses oreilles est percé de nombreux trous, ornés de petits anneaux d’or, d’argent ou de cuivre, suivant les moyens dont elle dispose. Au lobe de chaque oreille pend un gros anneau d’or. Les femmes portent autour des hanches des rangées de perles (alternativement rouges et blanches), qui augmentent avec l’âge et les moyens du mari. Les femmes et les hommes des cercles de Nara et Nioro, au Mali, portent sur chacune de leurs tempes trois petites entailles verticales, tandis que les femmes y ajoutent trois cicatrices minuscules sur chacune des Joues, sur le front et même sur le menton. Les femmes sarakolé, comme les femmes toucouleurs, se tatouent la lèvre inférieure en bleu foncé pour rehausser la beauté de leur visage.

Des castes d’artisans

Les activités artisanales sont réservées à la caste des Nyamakala subdivisée en Tago (forgeron) et Garanko (cordonnier). Les autres activités sont libres.

Tissage, teinturerie

On trouve des broderies tichbok, à Oualata, d’inspiration marocaine. La teinturerie est pratiquée par toutes les femmes. Chaque maison sarakolé est équipée pour teindre. La teinture est à base d’indigo avec lequel on obtient deux tons : le bleu ciel (bakha khoulé) et le bleu marine foncé (bakha biné). Les tissages sarakolé, tous très beaux, se trouvent à Podor, à Matam, à Bakel, à Touba, au Sénégal, à Nioro, au Mali, à Kaédi et à Néma en Mauritanie.

Vannerie, nattes

Natte de lit (khabta) en nervures de feuilles de palmier et lanières de cuir. Autre natte plus fine (sémé) d’influence maure. Corbeilles à habit.

Cuir

Le Garanko (cordonnier) est spécialiste aussi du tannage des peaux, Il fabrique des babouches brodées (moukhou), des bottes (tioron,ulié), des sandales (tépou), dessus de selle (khirkhé n’doroké), des brides (kharbin nkation), des étuis à amulettes (safayon), des oreillers en cuir, ronds ou rectangulaires (tallah). Leurs outils principaux sont : l’alène (bounné), la planche sur laquelle on tranche le cuir (walakha), le polissoir en bois (maxhâdé), le couteau (labo).

Métal

Le Tago (forgeron) travaille le fer, les métaux précieux et le bois. Il fabrique des haches (yidou), des houes (tougou), des couteaux (Iabou), des herminettes (séoutou), des bijoux, des portes en bois (bàfou), etc. Son outillage est limité à un marteau (foullâdou), à l’enclume (tâné), une pince longue (khampa), des tenailles (khampa nhourmo), la lime (khassadé), le soufflet de forge (tountou).

Les bijoux sont nombreux et ont chacun un nom :

  • merseye : grand collier de perles rouges ou vertes dont l’extrémité est nouée plusieurs fois
  • kangoubo : pendentif en forme de boule en or filigrané, suspendu à un cordon de cuir
  • diôla : pendentif en or en forme de croix on d’étoile à quatre branches,
  • godé : gros bracelet en argent torsadé porté au poignet;
  • tankhalémou tangado : anneaux en argent massif portés aux pieds.

Bois

Ce sont les Tago (forgerons) qui travaillent aussi le bois. Les plats en bois sarakolé sont très beaux. Ils se nomment « les gens » (aroudgui). C’est une coupe soutenue par quatre pieds en forme de triangle qui symbolisent quatre jambes d’hommes. Le bord de la coupe est gravé de petits triangles losangés. Ils font aussi des porte­calebasses (acherad) à la hampe sculptée ou pyrogravée et dont les motifs, sont ensuite peints en jaune, vert ou rouge. Les calebasses (khollou) ont souvent un col de bois cousu et surmonté d’un couvercle. Elles servent non seulement de récipient mais aussi d’armoires pour les vêtements. Les instruments de musique des griots sont le dongué, grand tambour, et le dondongué, petit tambour qu’on porte sous le bras, la guitare (gamban). Les artisans sculptent des petits escabeaux de bois à trois ou quatre pieds (corondomo), des louches en bois (kharkhamou).

Poterie

La poterie est exécutée par les femmes des forgerons (taga yakharon). Les dessins sont faits à l’aide de leurs doigts. Elles fabriquent des canaris et des gargoulettes (gdour), des gargoulettes à deux becs (goumbou), des plats à couscous (bégué), des grands pots à eau (ballé). Dans la région de Oualata (Mauritanie), les dessins des poteries ressemblent à ceux des maisons.

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De l’échec d’une réforme scolaire

Bonjour à tous.

Il y a quelques temps de cela, je suis tombé sur un texte d’une institution canadienne, qui retraçait une expérience tentée en Guinée dès le début de l’indépendance et pendant près de deux décennies. Celle de l’enseignement scolaire en langues guinéennes. Ce fut un échec. Je vous livre le texte tel quel, pour que vous puissiez le commenter, faire bénéficier la communauté de vos suggestions. Car la problématique reste d’actualité.

En 1958 déjà, le gouvernement avait pris la décision d’« adapter les structures de l’éducation aux nouvelles réalités nationales » dans le but d’instaurer un « enseignement démocratique et populaire ». La réforme ambitionnait de « scolariser tous les enfants du pays à partir de l’année scolaire 1964-­1965 ». Toutefois, c’est à partir de 1968 que Sékou Touré appliqua sa politique linguistique d’africanisation et entreprit de réformer l’éducation dans les écoles primaires.

La Commission nationale d’alphabétisation fut créée. Après avoir codifié le premier alphabet guinéen (sans trop de rigueur scientifique), la commission choisit huit langues nationales (malinké, soussou, peul ou poular, kissi, basari, loma, koniagi et kpellé) sur une vingtaine et élabora des alphabets dans plusieurs autres langues nationales. Ces alphabets furent adoptés par le Conseil national de la révolution réuni à Nzérékoré en juin 1965. Des manuels furent imprimés et une campagne nationale d’alphabétisation fut lancée. Ces mêmes langues étaient matières d’enseignement dans tout le cursus scolaire et universitaire, du secondaire au supérieur où les notes obtenues comptaient comme n’importe quelle autre matière aux compositions et examens de fin d’année.

Les objectifs pédagogiques portèrent sur deux points importants : la réforme de l’enseignement destiné à assurer les liens entre « l’école », « la vie » et « la production », et à alphabétiser les adultes dans les langues nationales. En tout, il y eut une bonne vingtaine de réformes en éducation. La Direction nationale d’alphabétisation produisit une documentation importante afin de subvenir aux besoins des différentes matières enseignées dans les écoles. Par ailleurs, de nombreuses publications en langues nationales furent rédigées par les enseignants guinéens.

Dans les premières années de la réforme (mais après 1967), les apprentissages de base tels la lecture, l’écriture et le calcul se faisaient dans l’une des langues nationales au cours de la première année, alors que le français n’était abordé qu’à l’oral. Puis, au cours des trois années suivantes, les élèves passaient progressivement du français comme matière enseignée au français en tant que langue d’enseignement. Les langues nationales suivaient le processus inverse : de langue d’enseignement, elles devenaient des matières d’enseignement. À l’époque, cette réforme scolaire fit passer Sékou Touré pour un précurseur dans toute l’Afrique.

Par la suite, la « révolution culturelle socialiste » modifia la politique adoptée dans les programmes d’enseignement. Le français cessa net d’être la langue d’enseignement au primaire. Dans chaque région, la langue « dominante » dut être enseignée dans les écoles (primaires). Par exemple, les élèves étudièrent en soussou en Guinée maritime, en peul au Fouta-­Djalon, en malinké en Haute-­Guinée, en kissi, en toma, en kpellé en Guinée forestière, etc. Ainsi, les langues nationales choisies devinrent des langues d’enseignement à la place du français, et ce, de la 1re à la 8e année, ainsi qu’une discipline de la 9e année à l’université. Les mémoires de fin d’études supérieures en langues nationales ou traitant des langues nationales enrichirent la documentation de l’Académie des langues de la Guinée. Au nom de la Révolution, les programmes scolaires comportaient obligatoirement l’étude des discours de Sékou Touré.

Les résultats de cette « révolution culturelle » se révélèrent décevants. D’une part, les langues nationales étaient handicapées du fait qu’elles n’avaient jamais servi dans les communications écrites, notamment dans les sciences et les techniques; il fallait toujours recourir au français. La formation des maîtres entraîna d’énormes problèmes, car les anciens instituteurs durent apprendre à lire et écrire dans une langue nationale pour se rendre compte que les manuels scolaires ne suivaient pas. En effet, l’unique imprimerie de Conakry ne put jamais suffire à la tâche et la plupart des manuels préparés par les chercheurs en pédagogie restèrent à l’état de manuscrits, dans les tiroirs. Finalement, le nombre des langues d’enseignement passa de huit à six. De plus, les successions ininterrompues des enseignants égyptiens, soviétiques, vietnamiens, yougoslaves, américains, etc., qui arrivaient et repartaient au gré des alliances politiques, n’aidait sûrement pas à l’amélioration de l’enseignement, surtout qu’ils ignoraient non seulement les langues nationales, mais aussi le français.

Par ailleurs, afin de faire face à la scolarisation d’une nombreuse jeunesse, le gouvernement de Sékou Touré imposa « l’enseignement de masse ». Or, cet enseignement fut mal reçu par la population. En effet, une classe pouvait comporter jusqu’à 200 élèves ou plus (ce qui n’était pas forcément différent de ce qui existait avant l’indépendance), les « travaux champêtres » et l’idéologie socialiste absorbaient les trois quarts du temps, les élèves étaient notés collectivement (non individuellement), les salles de classe ne disposaient généralement d’aucun équipement, chaque élève devant même apporter son siège. En fait, nombre d’enfants abandonnèrent simplement l’école, car beaucoup de parents, surtout dans les campagnes, préférèrent faire travailler leurs enfants aux champs. La propagande du gouvernement de Sékou Touré annonçait régulièrement un taux officiel de scolarisation de 40 %, alors qu’en réalité il oscillait plutôt autour de 20 %. À la fin du régime, en 1984, le taux de scolarisation restait encore inférieur à 20 %. Soulignons que, durant cette période, tous les enfants des élites guinéennes fréquentaient systématiquement l’école privée et apprenaient, pour leur part, le français. Quoi qu’il en soit, à la fin du régime d’Ahmed Sékou Touré, le français était redevenu l’unique langue d’enseignement dans les écoles. L’expérience des langues nationales tourna court en 1984, dès la mort de l’ancien président.

On peut attribuer l’échec de la politique linguistique de Sékou Touré à plusieurs causes : une réforme bâclée et improvisée, la rareté des manuels scolaires et l’insuffisance de la formation des maîtres.

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